TDAH, troubles dys et neurofeedback : comprendre, apaiser, accompagner au quotidien
Il y a des personnes dont le cerveau semble vivre avec le pied sur l’accélérateur. Les idées se bousculent, l’attention se déplace vite, l’élan est là… mais l’énergie se disperse. D’autres avancent avec une impression plus sourde : comme si certaines tâches “simples pour les autres” demandaient un effort immense — lire, écrire, s’organiser, retenir une consigne, suivre le fil. Et parfois, ces deux réalités se croisent.
Dans cet article, on va poser des mots clairs et rassurants sur trois notions souvent associées : le TDAH, les troubles “dys”, et le neurofeedback. L’objectif n’est pas de coller une étiquette, ni de promettre des miracles, mais d’offrir des repères. Pour se comprendre, se respecter, et choisir un accompagnement adapté — parce qu’on n’a pas à porter tout ça seul.
1) TDAH : de quoi parle-t-on exactement ?
Le sigle TDAH signifie trouble du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité. Derrière ces mots, il est surtout question de régulation : régulation de l’attention, de l’impulsivité, du mouvement, parfois des émotions et du sommeil.
On résume souvent le TDAH autour de trois grands axes :
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Inattention : difficulté à maintenir l’attention sur une tâche, tendance à “décrocher”, à perdre le fil, à oublier.
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Impulsivité : agir ou répondre très vite, couper la parole, décider sur un élan, parfois regretter ensuite.
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Hyperactivité (pas toujours présente) : besoin de bouger, agitation intérieure, sensation d’être “tendu comme un ressort”.
Ces manifestations peuvent évoluer avec l’âge. Chez l’enfant, l’agitation est parfois visible ; chez l’adulte, elle peut devenir intérieure : ruminations, impatience, tension, fatigue mentale. Et oui : le TDAH peut aussi concerner les adultes, notamment quand personne n’a mis de mots (ou proposé de soutien) plus tôt.
Important : quand on se reconnaît dans ces descriptions, cela ne “prouve” rien à soi seul. Ce sont des pistes. L’étape vraiment utile, c’est une évaluation par un professionnel formé, pour comprendre votre fonctionnement, votre histoire, et ce qui pourrait vous aider au mieux.
2) Les troubles “dys” : un mot parapluie (utile, mais large)
Le terme “dys” est un raccourci courant pour parler de difficultés spécifiques qui touchent certains apprentissages. Il s’agit d’un mot parapluie : il peut recouvrir, selon les personnes, des réalités différentes.
En pratique, quand on parle de “dys”, on fait référence à des difficultés qui peuvent concerner par exemple :
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le langage écrit (lecture, orthographe),
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le geste (écriture, coordination),
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les nombres (calcul, logique),
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le langage oral,
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ou encore l’organisation dans l’espace et le temps.
Sans entrer dans les détails (car chaque parcours est unique), retenons ceci : les “dys” ne parlent pas d’intelligence ou de volonté. Ils parlent plutôt de chemins différents pour apprendre, traiter l’information, automatiser certains gestes. Et ces chemins peuvent demander plus de temps, plus de stratégies, plus de soutien — sans que cela enlève quoi que ce soit à la valeur de la personne.
3) Ce qu’ils peuvent avoir en commun : effort invisible, fatigue et estime de soi
TDAH et “dys” ne sont pas la même chose. Pourtant, ils peuvent coexister ou se croiser dans le quotidien. Certaines difficultés se ressemblent : attention fluctuante, lenteur sur des tâches spécifiques, surcharge mentale, difficulté à planifier, fatigue après une journée “banale”, irritabilité quand le cerveau est saturé.
Et il y a un point commun particulièrement important : l’effort invisible.
Quand on doit mobiliser une énergie énorme pour des choses que d’autres font “sans y penser”, on finit parfois par croire que le problème vient de soi : “Je suis nul”, “Je n’y arrive pas”, “Je ne fais pas assez d’efforts”. Alors qu’en réalité, l’effort est déjà là — souvent immense. Mettre des mots justes permet parfois un basculement doux : arrêter de se juger et commencer à s’accompagner.
4) Le neurofeedback, en mots simples : un entraînement guidé
Le neurofeedback fait partie de la famille du biofeedback. L’idée est simple : on mesure un signal du corps en temps réel, puis on le transforme en un retour (visuel ou sonore) qui aide la personne à apprendre à se réguler.
Dans le cas du neurofeedback, le signal observé est l’activité électrique du cerveau, enregistrée via un EEG (électroencéphalogramme) avec des capteurs posés sur le cuir chevelu. La personne n’est pas “stimulée” : elle reçoit surtout un feedback (par exemple via une vidéo, un son, un jeu) qui change en fonction de certains paramètres.
Comment se déroule généralement un accompagnement ?
Même si les pratiques varient selon les approches et les cabinets, on retrouve souvent :
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Un entretien et un recueil d’informations
On clarifie la demande, le contexte, les objectifs, les habitudes de vie, et ce qui a déjà été tenté. -
Une mesure de base
Parfois une évaluation EEG plus approfondie (selon les méthodes), afin de personnaliser l’entraînement. Certaines structures évoquent notamment l’EEG quantifié (EEGq) pour comparer certains marqueurs à des références et affiner les protocoles. -
Des séances répétées
Le neurofeedback est généralement proposé comme un apprentissage progressif : on avance par séances, on observe, on ajuste. L’idée n’est pas de “forcer”, mais de laisser le cerveau intégrer de nouvelles façons de faire. -
Un suivi et des ajustements
Les objectifs peuvent évoluer : attention, régulation émotionnelle, sommeil, agitation intérieure, etc. Les résultats — quand il y en a — sont souvent décrits comme progressifs, et variables selon les personnes.
5) À quoi cela peut servir (et comment rester réaliste)
Beaucoup de contenus en ligne présentent le neurofeedback comme une solution “qui marche”. La réalité mérite plus de nuance, et c’est une bonne nouvelle : la nuance protège.
Ce que rapportent souvent les praticiens et certaines ressources de vulgarisation, c’est que le neurofeedback peut soutenir, chez certaines personnes :
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une attention plus stable,
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une meilleure capacité à se poser,
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une régulation des impulsions,
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une gestion du stress plus souple,
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une meilleure confiance quand le quotidien devient moins chaotique.
Mais il est essentiel de garder trois repères :
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Les effets varient : un cerveau n’est pas un autre cerveau.
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Le contexte compte : sommeil, charge mentale, environnement, émotions, période de vie.
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Le neurofeedback n’est pas une baguette magique : il s’inscrit plus souvent dans une démarche globale, avec d’autres soutiens.
Certaines structures insistent d’ailleurs sur l’intérêt d’une stratégie d’accompagnement plus large, plutôt que d’un outil isolé.
6) Pourquoi l’accompagnement par un professionnel change tout
Quand on parle de TDAH, de “dys”, ou de neurofeedback, on touche à l’intime : l’enfance, l’école, le travail, l’image de soi, les relations. C’est précisément pour cela qu’un professionnel formé fait la différence.
Un bon accompagnement, c’est :
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un cadre sécurisé (pas de promesses irréalistes),
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une personnalisation (objectifs, rythme, ajustements),
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une lecture globale (émotions, fatigue, environnement),
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et, si besoin, une orientation vers d’autres professionnels (bilan, soutien, outils concrets).
Même lorsqu’on explore des approches complémentaires, l’objectif reste le même : avancer avec clarté, respect de soi, et cohérence.
7) En complément : créer un “écosystème” de soutien
Le neurofeedback peut être une pièce du puzzle. Mais beaucoup de personnes gagnent aussi à construire un écosystème plus large, fait de petites choses qui, ensemble, changent la vie :
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Approches corps-esprit : sophrologie, respiration guidée, méditation de pleine conscience, yoga doux.
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Approches émotionnelles : accompagnement psycho-émotionnel, outils d’auto-compassion, travail sur l’estime de soi.
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Hygiène de vie (sans obsession) : rythme veille/sommeil plus stable, pauses, mouvement, alimentation qui soutient l’énergie.
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Organisation douce : routines simples, externalisation (listes, rappels), découpage des tâches, environnement moins saturé.
L’idée n’est pas de “tout faire”. L’idée, c’est de trouver ce qui vous aide vraiment, dans votre vraie vie, avec votre niveau d’énergie du moment.
Pour aller plus loin
Livres (accessibles, tout public)
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Russell A. Barkley — Le TDAH chez l’adulte (selon éditions disponibles) : repères clairs, approche structurée.
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Edward M. Hallowell & John J. Ratey — Driven to Distraction (en anglais) : très humain, centré sur le vécu.
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Thomas E. Brown — ouvrages sur le TDAH et les fonctions exécutives (en anglais / traductions selon éditions.